Le Niger, source de vie polluée

En bon nombre d'endroits, la saleté s'accumule et obstrue les canalisations.

Mali - Comme partout dans le monde, une rivière signifie la vie. Et le Mali ne serait pas le Mali sans le fleuve Niger. Mais le Niger est soumis à une forte pression. Dans les environs de la capitale Bamako, le Niger est fortement pollué car les déchets liquides et solides y sont tout simplement déversés. 

Pour aborder cette question, Join For Water, en collaboration avec l'ambassade de Belgique, a organisé un séminaire sur le Niger à Bamako fin mai, avec une attention particulière pour la pollution et la diversité. 

La lutte contre la pollution est importante et urgente, car une rivière a un impact sur la santé, sur l'accès à l'eau potable, sur l'agriculture, etc. L'apport de l'expertise malienne, locale, est un élément essentiel dans cette matière. Après tout, la population locale connaît parfaitement le Niger.

Join For Water a contribué aux connaissances actuelles et a produit en 2020 une étude intitulée Cart'Eau.* Les étudiants de l'Institut Polytechnique Rural de Formation et de Recherche Appliquée (IPR/IFRA) de Katibougou ont collaboré à l'étude et ont également contribué au séminaire. Cart'Eau dresse un état des lieux du réseau d'assainissement de Bamako et discute des rejets d'eaux usées de Bamako dans le Niger. 

94 collecteurs d'eaux usées
Par exemple, à Bamako, il existe 94 collecteurs d'eaux usées, dont 24 naturels et 70 construits en béton. 58 des 94 collecteurs aboutissent au Niger pour y déverser leurs eaux. Initialement, ces égouts étaient destinés à évacuer les eaux de pluie, mais ils sont littéralement transformés en égouts d'eaux usées, de dépotoirs des déchets solides et de réceptacles des boues de vidange à partir de branchements des toilettes. Les points de déversement sont, bien entendu, de véritables foyers de pollution. La présence de déchets solides et d'excréments crée également des sédiments et des obstructions dans les égouts. Cette obstruction créée des débordements des collecteurs lors des pluies contribuant à l’inondation de leurs environs.  En outre, Bamako ne dispose d'aucune station de traitement des eaux usées, à l'exception d'un système inefficace de bassins, auquel sont également raccordées quelques usines.

En matière de gestion des déchets solides, il a été identifié 13 sites de dépôt de transit qui ne sont pas en bon état et incontrôlés, occasionnant ainsi des débordements dans les voisinages immédiats dont les routes. La ville ne dispose pas de déchèterie pour une gestion optimale des ordures et n’a qu’un seul site d’enfouissement de décharge finale à Noumoubougou actuellement fermé.

L'absence d'une station de traitement des boues provenant des latrines de la ville est encore plus problématique. Actuellement, ces boues sont déversées sur deux sites près de l'aéroport, à l’air libre causant des ruissellements qui atteignent jusqu’au Fleuve Niger en période pluvieuse.

L'étude de Cart'Eau estime le débit des eaux usées déversées dans le fleuve Niger à plus de 600 000 m3 par jour. Il est urgent de réorganiser l'ensemble de la gestion des déchets liquides et solides. Ceci est dans l'intérêt de la santé publique et de la protection de l'environnement.  

Le message du séminaire est donc le suivant : nous devons faire davantage pression sur les autorités pour lutter contre la pollution de l'eau. Cela peut se faire par la législation, par des solutions techniques telles qu'une station d'épuration des eaux usées et un meilleur système de traitement des déchets solides, et cela peut certainement se faire par l'information et l'éducation. 

Pour l'école qui a participé à l'étude et au séminaire, il est clair que les étudiants doivent pouvoir poursuivre leurs études dans le domaine de la gestion environnementale. Car pour s'attaquer à de tels problèmes, il faut des spécialistes.

Protection des ressources en eau
En termes de vision et de stratégie, Join For Water est dans une phase de transition : à partir de 2022, l'accent sera moins mis sur les questions d'eau et d'assainissement et davantage sur la protection des ressources en eau. Grâce à la recherche et à la formation, Join For Water contribuera à la connaissance des ressources locales en eau et plaidera pour leur bonne gestion. Le principe selon lequel l'utilisateur, mais aussi le pollueur, paie est essentiel. Join For Water souhaite également réunir les différentes parties concernées afin d'échanger des informations et de concevoir des solutions intégrées. À l'heure actuelle, on pense encore en termes de "secteur de l'eau" ou de "secteur de l'assainissement", mais les ressources en eau et les écosystèmes doivent être considérés dans une perspective intégrale et intégrée.

A suivre !

 * Voir Cart'Eau.