Le dialogue contribue à l'accès à l'eau

L'accès universel à l'eau potable ne s'obtient pas seulement en construisant des infrastructures, mais aussi en engageant un dialogue avec chacun.

Bénin - Le bon fonctionnement du service de l'eau potable est une tâche complexe. Chaque partie a son rôle et une rupture de la chaîne entraîne des frustrations pour tout le monde.

Pour satisfaire les besoins des populations en eau potable, les collectivités territoriales planifient la réalisation des ouvrages d’approvisionnement en eau potable à partir des besoins réels des populations dans une vision de l’aménagement global de leurs territoires. Elles recherchent le financement pour faire réaliser les ouvrages ; décident du mode de gestion et mettent en place un cadre de maintenance propre à garantir la durabilité des ouvrages. La délégation des ouvrages à un représentant de la communauté est notamment la règle pour les ouvrages situés dans de petites localités qui ne peuvent pas intéresser un privé faute de rentabilité de l’exploitation. Ainsi, un délégataire unique est choisi par la commune sur proposition de la communauté. Cette personne signe avec la commune un contrat de délégation de gestion comportant un cahier des charges précis qui décrit les responsabilités des deux parties. Dans ce processus, les communautés qui entre temps étaient habituées à prélever la ressources eau dans la nature de façon gratuite sont désormais invités à payer le service public pour s’approvisionner en eau potable. 

Cette méthode a déjà prouvé ses mérites, mais elle peut entraîner plusieurs frustrations... 

Par exemple, le délégataire ne mobilise pas suffisamment d’argent pour être en mesure de payer la redevance communale, de faire les entretiens de l’ouvrages. Ou bien la commune n’arrive pas à mobiliser les financements internes à la hauteur souhaité ainsi que l’appui des partenaires pour garantir la maintenance des ouvrages d’eau en service. Et la population n'est pas satisfaite du service de l’eau : durée de rupture du service très longue en cas de panne, le prix de l’eau n’est pas toujours compris et accepté,

En somme, les différents acteurs s’accusent mutuellement sur le terrain. Le dialogue social territorial apparait comme une porte de sortie dans cette situation fragile.

Pour l’équipe de Join For Water au Bénin, le dialogue social recouvre tout ce qui favorise la culture du compromis entre les différentes composantes de la société. La dimension territoriale y est ajoutée pour spécifier qu’il s’agit d’un dialogue centré sur un territoire local.

Etant un outil de la participation citoyenne, le dialogue social territorial pour l’eau est suscité par les citoyens responsables constitués en groupes de pression pour le secteur de l’eau. Ils mobilisent les autres acteurs : les élus locaux, le gestionnaire des ouvrages d'eau, les opérateurs privés locaux, les organisations de participation citoyenne. 

Il est important que toutes les parties comprennent que le dialogue aura également une issue positive pour elles et qu'elles ont toutes intérêt à être redevables de leurs actes.

L'échange et la construction d’une vision partagée du service public sont deux objectifs importants du dialogue. L'accent est mis sur l'objectif ultime : "l'accès universel pour tous, sans discrimination, à une eau de bonne qualité et en quantité suffisante" et sur la "viabilité financière" du service. 

A titre d’exemple
Le dialogue social territorial a favorisé l’acceptation de la mise en délégation des ouvrages d’eau au niveau de 3 localités qui par le passé s’étaient opposées à ce mode de gestion par manque de confiance au système de régulation du secteur dans la commune de Tanguiéta.

Pour 12 localités accompagnées dans cette dynamique sociale à Tanguiéta, le taux de recouvrement des frais de gestion est passé de 516 015 francs CFA au total en 2019 à 2 558 400 f CFA en 2020. Il faut signaler que la performance est maintenue en 2021. 

Dans la localité de Monri, la communauté s’est engagée depuis 2020 pour une tarification de 1 200 francs CFA par habitant par an pour l’eau à consommer. Le recouvrement se fait de façon systématique à la paie du coton vendu par chaque ménage avec l’appui des coopératives agricoles. Ce qui permet au délégataire de payer la redevance communale, d’épargner un montant suffisant pour faire face aux petites réparations en un temps record et d’avoir un désintéressement pour sa prestation. Alors que par le passé les communautés faisaient une souscription obligatoire en cas de panne de l’ouvrage à la hauteur du montant nécessaire pour la réparation. La conséquence est que la durée de rupture de service de l’eau pour cause de panne est très longue (un mois environ qui correspond à la durée nécessaire pour collecter les souscriptions). La localité qui était citée comme réfractaire au mode de gestion retenu par les autorités communales est aujourd’hui citée comme un modèle en la matière. C’est le territoire partagé de Monri qui gagne. Les autorités, les sages, les communautés et le gestionnaire en sont très fiers.

TEXTE ET PHOTO: Ganyou Abou - Join For Water Bénin