Deby: "Les conditions sont réunies pour le développement du maraichage."

© Moussa Fofana

"Je me nomme Deby Diarra, 50 ans, mariée avec 7 enfants dont 3 filles. Je suis exploitante maraichère depuis 15 ans dans le village de Sanankorobougou dans la Commune rurale de Mountougoula. A ce titre, je suis membre active de l’association des femmes 'JIGISÈMÈ'. Notre association compte 165 membres ou adhérentes. Entre autres activités de l’association, figure le maraichage. Nous exploitons depuis plusieurs années un périmètre maraicher communautaire d’une superficie d’un hectare.

Jadis considérée comme l’une des activités qui procurent des revenus aux femmes, le maraichage a souffert ces dernières années du tarissement des puits et des faibles capacités productives des exploitantes (méconnaissance des techniques culturales innovantes, le manque de matériels et d’équipements, la faible disponibilité d’eau et d’intrants, etc…). En dépit de notre volonté de cultiver des produits maraichers (tomate, oignon, salade, carotte, choux, aubergine, etc…) en toute saison, force est de reconnaitre que l’activité maraichère est caractérisée par des arrêts périodiques, notamment pendant la saison sèche (d’octobre à juin) et du coup cela constitue un manque à gagner important pour les femmes, malgré les potentialités en matière d’écoulement des produits sur les marchés de la capitale (Bamako), situés à une vingtaine de kilomètres.

Depuis 2017, suite à un étude des facteurs de blocage du maraichage, Join For Water en collaboration avec la Commune, a menée une série d’activités de relance de l’activité maraichère. Il s’agit essentiellement du surcreusement de 4 puits installés dans le périmètre, la formation des leaders femmes dans les techniques culturales et la valorisation de l’eau, la dotation en semences et la clôture en grillage de l’exploitation. Aujourd’hui, nous sommes organisées de sorte que le périmètre soit exploité par les représentants des tous les ménages du village. Déjà les premières femmes réinstallées dans le périmètre, commencent à récolter les fruits de leur travail ; en témoignent la vente aux commerçantes grossistes de Bamako de la salade, de l’oignon et de la tomate, etc. Les bénéfices que nous réalisons sont redistribués à travers un système de tontine1, qui profite à tous les membres de l’association. Au-delà des avantages que cela procure, une partie des bénéfices est épargnée au nom de l’association. J’ai bénéficié par le passé des avantages de la tontine pour une somme de quinze mille (15 000) francs CFA (env. 23€). Avec cette somme, j’ai assuré divers besoins personnels, dont l’achat de semences et la contribution aux frais liés à la scolarité de mes enfants et petits-enfants.

Certes les conditions sont réunies pour le développement du maraichage, mais nos besoins restent importants et diversifiés et se résument en l’encadrement des exploitantes, la formalisation de notre association et la formation de ses responsables en vie associative et en gestion. Aussi, la plupart des femmes sont analphabètes et il y a un besoin de développer un projet d’alphabétisation autour de l’activité maraichère."